Côté art & patrimoine, Finistère 4

Mémoire : l’abri Sadi Carnot à Brest

71 ans… 09/09/1944. C’est la nuit. Ils essayent de dormir là-dedans, dans l’humidité de cet abri.

Puis soudain des cris, en allemand d’abord, de l’autre côté de la cloison de bois on les entend. Puis côté français de l’abri ça s’agite aussi maintenant. Une odeur de flamme. Quoi, une explosion, un incendie ? Vite il faut sortir. La fumée épaisse. Le long couloir sombre. On se marche dessus. Ne pas tomber. Pousser. Sortir. 154 marches à monter pour l’air libre. Prends ce que tu peux, cours !  On ne peut plus respirer. Encore quelques marches. Les flammes.

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L’abri Sadi Carnot avait été construit en 1942 pour protéger les Brestois lors des bombardements alliés. L’entrée se faisait Place Sadi Carnot, 256 m de couloirs jusqu’au au boulevard de la Marine vers l’arsenal. En 1943 une partie fut réquisitionné par les Allemands qui y stockèrent des munitions.

Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang – Jacques Prévert

Lors du siège de Brest du 7 août au 18 septembre 44, l’abri devient un lieu de vie permanent, les civils ne pouvant le quitter que 2 heures par jour. 100 000 obus, 30 000 tonnes de bombes assomment la ville.

Ce jour là…

Des munitions explosèrent par accident ver 2h30 dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 septembre 1944. Seulement une dizaine de personnes purent s’échapper du tunnel. Environ 400 morts côté français. Aucune certitude côté allemand, on dit 100, 500. Trop.

Lieu de mémoire…

« Le 27 septembre 1944, une équipe composée du Docteur Delalande, Mme de Carbonnières, Messieurs Andrieux, Fauchon, Guiard et Coste pénétrèrent dans l’horreur de l’abri. À la lueur de la lampe acétylène puis électrique, ils découvrirent l’innommable. Jusqu’au 19 octobre, dans des conditions extrêmes, à la main, les volontaires aidés par deux ou trois soldats américains firent leur possible pour identifier un maximum de victimes, leur donner une sépulture et ainsi leur rendre hommage. » – Alix de Carbonnières et Antoine Coste, L’Assaut de Brest, Librairie Pierre Le Bris, Brest, mars 1951.

Depuis 2009 l’abri a été remis en état par la ville de Brest et il ouvre ses portes au public de temps en temps (bien vérifier les horaires sur le site). Cela faisait un moment que je voulais y aller et hier j’ai vu que la porte était ouverte. Je suis entrée. Silence. Froid. Béton. Moisissure.Humidité. Quelques pas en écho. Ce n’est pas un mausolée, ni un musée mais mieux, c’est un lieu brut qui permet de se recueillir, de réfléchir, de se projeter. Un lieu pour ne pas oublier. La liste des noms des victimes, les témoignages de l’audio-guide, les traits de peinture au sol, les sons en écho, c’est une grande émotion que de parcourir ce tunnel. Un  chemin de mémoire que je vous recommande.

Aujourd’hui c’est 9-11. Une autre date, une autre catastrophe. Ne pas oublier.

L’abri Sadi Carnot est ouvert pour les journées du patrimoine, allez-y !

Entrée par le boulevard de la marine, près de la porte Tourville.
Gratuit. Je vous conseille de prendre un audio-guide.

 

 

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4 Commentaires

  • bondu says: 11/09/2015 at 22 h 03 min

    je n’y suis jamais allée. même pas avec mon prof de lycée de Brest…dommage.

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  • LadyMilonguera says: 12/09/2015 at 16 h 57 min

    Une histoire tragique que j’ignorais totalement…

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    • Catherine says: 07/10/2015 at 11 h 37 min

      Je n’y connaissais pas grand chose non plus avant.

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